Voici un récit qui secoue la torpeur ambiante et propose une alternative salubre aux vies cadenassées et résignées.
Le narrateur, un homme d'âge mûr, fait le pari de rompre avec sa vie parisienne normée, aiguillée de longue date, pour rallier à Heidelberg, un chalet isolé, et une jeune femme, Mylena, à laquelle l'unit un amour éperdu.
Ensemble, ils inventent une vie amoureuse, robinsonne, autarcique, infiniment poétique.
Poétique, car cette rupture intime s''accompagne d'une quête intellectuelle et spirituelle. Et cette quête est une croisade. Le narrateur, écrivain, est en guerre contre la langue pauvre, anémiée, à quoi les doctes, prétendus artistes et intellectuels de tous poils, veulent réduire la langue française.
Issu de la banlieue, il espérait trouver dans les classes d'élite, intégrées à 20 ans, le secret d'une langue pleine, charnue, foisonnante.
Or, loin de pouvoir accéder aux arcanes, il a subi un arasement linguistique, un assèchement spirituel redoutables.
Le surgissement de Mylena offre à cet homme désabusé l'opportunité de réenchanter sa vie.
Car Mylena n'est pas seulement une jeune beauté sidérante, elle est aussi une âme forte, résolument inactuelle, imperméable aux séductions factices, touchée par ceux que la vie a abîmés et qu'elle s'emploie à soigner. Elle est aussi profondément éprise de la langue française et, chue dans la vie du narrateur comme une comète, elle présente des similitudes avec la Nadja de Breton.
Un récit écrit dans une langue acrobatique, gorgée de sucs. S'y trouvent conjugués, à un degré d'incandescence rare, l'amour d'une femme et l'amour de la langue.
C'est un hymne à l'amour fou, à une langue désentravée et, en ces temps et de frilosité amoureuse et linguistique, ça fait un bien fou !
La langue est tordue et réarticulée, virginisée comme l'est le narrateur auprès de Mylena.
On songe aux virtuosités foutraques de Bayon, aux pépites qui émaillent les premiers textes de Chloé Delaume, mais aussi aux trouvailles géniales de Muriel Cerf, aux fulgurances rimbaldiennes, aux éclats diamantins de Paul Celan.

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